Accueil du site > Blog > Coup de balai sur la culture multimédia en France

Première publication : 21 janvier 2008 sur xrings.net.

Mise en ligne : 21 janvier 2008.

Tags :

Au regard des différentes infos qui m’arrivent un peu au compte-goutte, il apparaît que tout le champ de la culture multimédia et de la création numérique est aujourd’hui menacé en France. Persistance de l’accès à la culture pour tous sur l’ensemble du territoire national, préservation de la recherche et de la création françaises et des lieux de diffusion sont dans la balayette.

Hémorragie culturelle ?

Le programme ECM (Espace Culture Multimédia), développé par le ministère de la Culture et de la Communication depuis 1998 et soutenant le développement et la valorisation de la dimension culturelle des technologies de l’information et de la communication, vient d’être jeté à la poubelle. Et ce n’est pas tout ! Associations culturelles, lieux de culture scientifique, conservatoires nationaux, médiathèques, salles de spectacles, etc., toutes ces structures organisant des actions dédiées à l’appropriation, à l’aide à la création et/ou à la diffusion de la culture multimédia voient l’engagement de l’Etat disparaître.

En clair, le soutien apporté par le ministère de la Culture et de la Communication via la DRAC lié à ces projets est majoritairement balayé. Déjà dans chaque région, nombre de lieux sont dans l’obligation d’envisager la suppression totale de leurs actions en ce domaine, entraînant alors chômage et vide culturel local. Et encore, je ne parle pas des répercutions à long terme...


Culture en Solde
envoyé par xrings. - L’info internationale vidéo.
Effet d’annonce ?

Et pourtant : « J’ai été également frappée par la richesse de l’offre culturelle, dans tous les secteurs. La première offre culturelle en Europe, et sans doute au monde, avec un réseau dense, fruit du rêve de Malraux et de cinquante ans de décentralisation. Cette richesse et cette diversité doivent être préservées », disait notre ministre Christine Albanel le 26 septembre dernier lors de la conférence de presse présentant le budget 2008 de son ministère avant de conclure : « je crois que ce budget 2008 permettra, tout en consolidant les politiques menées jusqu’à présent, d’engager les réformes nécessaires et de contribuer à la modernisation du ministère. Il conforte l’ambition et l’exigence de la politique culturelle de l’Etat. Il marque également le souci de ne pas aborder les questions uniquement de manière sectorielle, d’un côté la culture, de l’autre la communication, d’un côté le patrimoine, de l’autre la création. Non, je souhaite que l’ensemble des politiques, des instruments, des outils converge au service de la culture, du savoir et de l’information. Car dans un monde qui va de plus en plus vite, dans une société où les repères sont peut-être moins évidents, ils conditionnent notre capacité à nous adapter à l’évolution de notre environnement. C’est pourquoi je vois dans l’accès à la culture et à la communication un enjeu démocratique majeur. »

N’était-ce alors qu’un effet d’annonce ? Car aujourd’hui, il est plus qu’urgent de dénoncer cette destruction de la culture par la politique gouvernementale actuelle, cette attaque à la nécessité de transmission et d’éducation à la culture multimédia tant dans son champ lexical que comportemental et ce, bien au-delà d’un simple apprentissage d’outils. Qu’adviendra-t-il si chacun d’entre vous ne peut plus accéder aux ressources qui lui permettront de mieux percevoir le monde dans lequel nous évoluons ? De déterminer en connaissance de cause le choix de ses outils ? Est-il acceptable de se standardiser, de nier la nécessité d’une construction collaborative, participative et consciente non seulement du réseau des réseaux mais également de ses usages ? De permettre à chacun, quel que soit son contexte économique et social de comprendre et participer à l’évolution de son environnement ? L’accès au savoir, à l’information, à l’éducation et à la culture est une priorité.

« Hier il s’agissait de déréguler les tuyaux, aujourd’hui l’enjeu ce sont les contenus et les idées. » de l’intervention de Jack Ralite, sénateur de la Seine-Saint-Denis (Ile-de-France), lors de la discussion au Sénat du budget 2008 de la Culture le 4 décembre 2007.

Quid de la création et la recherche ?

Alors qu’à l’international, artistes et chercheurs travaillent ensemble, que la création numérique est reconnue comme partie intégrante du paysage artistique depuis de nombreuses années, que faisons-nous de celle-ci, ici, en France ?

Comment peut-on aujourd’hui faire abstraction de ce pan de la création alors qu’il est transversal et touche l’ensemble des champs artistiques et culturels ?
En conclusion

Il est plus qu’urgent de dénoncer ce risque de disparition de tout un pan de la création artistique en France et des réseaux de diffusion de ces oeuvres. De dénoncer la négation de l’action culturelle menée par les acteurs de l’ensemble du territoire et la disparition des lieux de transmission. Devons-nous accepter stoïquement la mise à mort de l’accès à la recherche, à l’expression, à la création et à l’éducation pour tous ?

Le secteur de l’action artistique et culturelle en France est d’une incroyable diversité et d’une effervescence continue, qui, déjà très précaire, est menacé de disparition par la politique du nouveau Président de la République. Créateur de lien social et d’emplois, le tissu associatif culturel contribue à l’épanouissement des individus, encourage leur créativité et leur émancipation en plaçant l’humain au centre de ses préoccupations. Le secteur de l’action artistique et culturelle déploie, sur tous les territoires où il agit, une vision sensible du monde.

« (...) C’est ainsi que des catégories sociales, qui restent souvent à l’écart des lieux culturels intimidants, se retrouvent impliquées d’une manière ou d’une autre dans des projets qui génèrent de la confiance, accroissent leur capacité à décoder le monde et à agir.
(...) Ces initiatives qui s’inscrivent dans une logique de territoire, en milieu rural ou urbain, se développent souvent en coopération avec d’autres acteurs sociaux ou économiques, de telle sorte qu’en plus de leur richesse artistique et culturelle, elles jouent un rôle essentiel de dynamisme économique local, régional ou national. Inscrites le plus souvent dans le champ de l’économie solidaire et du « tiers secteur », elles en révèlent tout le potentiel direct et renforcent l’idée que ce secteur favorise, toujours et partout, l’intégration du long terme et de la dimension humaine dans la vie socio-économique. Certaines de ces initiatives encouragent aussi les relations internationales dans un esprit de coopération avec leurs partenaires étrangers. Le cœur de ces pratiques constitue bien les bases d’une action artistique et culturelle véritablement solidaire, vitale pour nos sociétés. »

Extraits d’un manifeste en cours de finalisation transmis par Marc Le Glatin, directeur du Théâtre de Chelles, responsable de ATTAC Culture et auteur du livre Internet : un seisme dans la culture ?, responsable à Paris VIII de la formation politique et gestion de la culture en Europe.

En référence également sur la question des emplois : Associations culturelles & emploi, Premier panorama réalisé par Opale et le CNAR Culture (Centre national d’appui et de ressources sur la filière “culture”).


Haut
Contrat Creative Commons Contenus mis à disposition sous un contrat Creative Commons.
Plan du site | Réalisé avec Spip | Hébergé par Frédéric Guerrier | jQuery Twitter | RSS 2.0