Accueil du site > Blog > Démocratiser les technologies robotiques : l’exemple des Fab Labs

Extrait de différentes notes prises au fil du temps et compulsées afin de me mettre les idées un peu plus au clair sur le sujet des Fab Labs. Ce document est parcellaire et issu principalement de « copier-coller » dont vous trouverez les références en bas de page.

La naissance de la robotique

L’ordinateur est le moteur des principaux changements dans l’industrie. Une branche méconnue de l’informatique ne fait pas que traiter des textes ou des informations, mais porte sur la fabrication de biens matériels.

De façon succinte, nous pourrions dire que la robotique est la reproduction artificielle de mouvements diversifiés et complexes que seule la main humaine pouvait jusqu’alors réaliser.
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Métier à tisser Vaucanson
©© Work by Rama, updated by Deep silence

Dès le XVIIIe siècle, la commande numérique était inventée par des personnes telles Vaucanson pour automatiser des métiers à tisser (voir également le dossier pédagogique Recycler et animer des objets). Il s’agissait déjà de cartes perforées. Celles-ci couramment utilisées dans les ordinateurs permettaient avec la Deuxième Guerre mondiale, de guider le mouvement des machines-outils. Ce principe n’était donc pas neuf et avait déjà été largement utilisé dans la reproduction de la musique par exemple (piano-mécanique, orgue de barbarie...). Le code des machines a été ensuite porté sur des bandes magnétiques et aujourd’hui sur des petits disques et des mémoires internes d’ordinateurs.

La robotique est le stade le plus perfectionné de systèmes capables de réagir en temps réel à une opération de manutention. Elle est le résultat de l’alliance de la mécanique des télémanipulateurs et de la micro-électronique. Elle utilise des programmes conservés sous forme d’impulsions électromagnétiques qui reproduisent les mouvements effectués dans un travail précis.

L’origine des télémanipulateurs et des microprocesseurs est hélas militaire. Les télémanipulateurs proviennent de la métallurgie des métaux radio-actifs comme le plutonium et l’uranium 235. En effet, un opérateur ne peut ni toucher, ni se trouver à proximité de ces métaux aux radiations mortelles. Des ingénieurs mécaniciens ont ainsi développé des bras mécaniques avec plusieurs articulations pour manipuler avec précision et transformer ces objets radio-actifs pour construire des bombes atomiques.

Les microprocesseurs proviennent de la nécessité de miniaturiser les appareils électroniques chargés de faire exploser et de guider ces bombes. L’industrie de l’armement aujourd’hui comme hier est à l’avant-garde du progrès technologique. Il en est ainsi depuis l’utilisation du métal et l’on doit noter que les premières machines-outils au XVIIIe siècle ont d’abord servi à fabriquer des fusils.

Ce sont cependant les États-Unis qui ont les premiers songé à utiliser des robots dans des applications industrielles civiles. À la fin des années 50 naissent ainsi plusieurs sociétés de construction de robots, dont la plus connue est Unimation, fondée à Danbury (Connecticut) par George Devol and Joe Engelberger, ami de Isaac Asimov, l’inventeur du mot « robotique ». Ces premières applications concernaient la manipulation du métal à haute température introduit dans des presses automatiques. Il s’agissait de travail dangereux ou pénible. Cependant, les États-Unis qui sont à l’origine de l’invention des robots n’ont pas étendu leur usage à des fins civiles.

C’est dans les années 70 que l’industrie manufacturière s’approprie les robots et notamment par le biais de l’automobile, comme par exemple Renault (alors société d’État) qui conçoit et crée ses propres robots dès 1974.

Au début des années 80, on annonce (au Canada notamment) la mise en place d’ateliers flexibles, robotisés, pilotés par ordinateur, où l’homme ne serait nécessaire que pour quelques réglages et un entretien.

« Un atelier automatisé flexible est un atelier piloté en temps réel par un ordinateur : son objectif est d’optimiser l’utilisation des machines, de réduire au maximum les encours et d’accélérer le passage des pièces à travers l’atelier » précisait le Rapport Lasfargues de 1982. Ceci alors que « la première « usine sans homme » était présentée au Japon à Tsukuba.

Démocratiser les choix technologiques

« L’avenir de notre société dépendra, non pas de notre capacité à nous adapter à des changements imposés par d’autres, mais de notre pouvoir collectif de les maîtriser. »

Négocier le virage technologique

En 1983 se tenait à Montréal le colloque Négocier le virage technologique dont voici un court extrait.

(...) Laissées aux seuls jeux économiques de la concurrence et du profit, l’informatique et la télématique risquent de devenir davantage des outils de domination que de libération. L’émerveillement face à la technique commence de plus en plus à céder la place à l’inquiétude face à la manière dont ces changements s’introduisent en ce moment au Québec et au Canada. Sans débat, sans politique cohérente, les ordinateurs modifieront les règles du jeu.

La révolution micro-électronique provoquera des bouleversements sans nombre dans l’ensemble de l’organisation sociale ; mais, jusqu’à maintenant, les autorités ne s’attardent pas aux conséquences et ne prennent pas le temps d’impliquer les citoyennes et citoyens dans l’élaboration d’une politique de développement. Si cette technologie est aussi prometteuse qu’on nous le laisse entendre, il faut se demander pourquoi on refuse aux usagères et usagers le droit d’être consultés et d’intervenir dans l’élaboration et la mise en œuvre des choix technologiques...

(...) L’expérience nous démontre que si ces choix technologiques se font sans nous, il y a peu de chances qu’ils puissent correspondre à nos intérêts. La démocratisation des choix technologiques constitue la condition essentielle d’une plus grande démocratisation de l’avoir, du savoir et du pouvoir.

L’avenir de notre société dépendra, non pas de notre capacité à nous adapter à des changements imposés par d’autres, mais de notre pouvoir collectif de les maîtriser. Susciter un large débat public, réfléchir, analyser les conséquences sociales des mutations technologiques, interroger les choix politiques, proposer des solutions de rechange, c’est là le défi qu’il nous faut d’urgence assumer.

Emergence des Fab Labs

Le programme de Fab Lab a été créé et lancé au Media Lab du MIT, en collaboration entre le Grassroots Invention Group et le Center for Bits and Atoms (CBA) à l’Institut de technologie du Massachusetts en 2002.

Il a commencé en explorant comment le contenu de l’information renvoie à sa représentation physique, et comment une communauté peut être rendue plus créative et productive si elle a - au niveau local - accès à une technologie.

Neil Gershenfeld en est l’un des principaux acteurs, développant dès 1998 le concept de « fabrication personnelle ». À l’appui de la recherche fondamentale développée au MIT, différents chercheurs ont commencé l’enseignement de machines au sein d’une classe modestement appelé How To Make (Almost) Anything (Comment [presque] tout fabriquer.


Neil Gershenfeld : The beckoning promise of personal fabrication

Enjeux sociaux, éthiques, économiques et prospectifs

Le développement de fablabs, qui dépend aussi du maintien de la « bricolabilité » et donc de l’interopérabilité des dispositifs technologiques informatisés, pourrait modifier voir bouleverser une partie des logiques d’offre et demande mises en place par l’économie industrielle et de marché des XIXe et XXe siècles.

Développement et implantation

Grâce à des interfaces informatiques simplifiées, « ergonomiques » et de plus en plus interopérables, il devient plus facile pour des usagers non-spécialistes de prendre le contrôle d’outils techniques.


Fab Lab in three words

L’appropriation, que le logiciel libre a facilité, s’étend dès lors aux « matériels libres » et aux modalités de prototypages physiques permis par les Fab Labs.


FabLab concepts by ThisisGrey

En juin 2008, on dénombrait 34 Fab Labs, répartis dans 10 pays. En 2010, ils sont au nombre de 77, répartis dans 26 pays.

   
Développements économiques et prospectifs

Historiquement déjà, l’implantation de Fab Labs a facilité le développement local et ainsi permis à quelques villages isolés de générer eux-mêmes des produits introuvables et/ou à un prix inaccessible pour eux.


Fab Lab : du high-tech contre la misère
Dans son article Faire émerger et connecter les Fab Labs en France, la Fing y souligne le lien indicible entre Fab Labs et innovation.

« À l’heure de la convergence du numérique et du physique, d’où viendront les concepts neufs, les objets inédits, les combinaisons inimaginables ? Probablement, comme c’est le cas dans l’internet depuis 15 ans, d’en dehors des industries établies comme des laboratoires spécialisés. L’internet des objets ne se contente pas de connecter des choses. En amont, il assure la continuité entre leur processus - déjà numérique - de conception et de production. En aval, il les rend programmables et bavards, ou au moins traçables. Bref, il dote les choses physiques de nombreuses propriétés du monde numérique.

Le premier enjeu devient alors d’ouvrir les technologies sur lesquelles se fondent ces objets, leurs interfaces de communication et de programmation, mais aussi les outils de leur conception et les données qu’ils produisent. »

Sources : Négocier le virage technologique : actes du colloque sur la télématique tenu à montréal en février 1983 / Wikipedia / Fabrication personnels : Neil Gershenfeld / Faire émerger et connecter les Fab Labs en France - Fing


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