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Afin de clarifier ma pensée quant à l’accessibilité au numérique au sein d’association d’éducation populaire, je me suis pliée à un petit exercice théorique et certainement incomplet au regard des actions menées par la MJC Espace Jean-Roger Caussimon de Tremblay-en-France, exercice que je retranscris en partie ci-après.

Petit survol historique de l’éducation populaire

Prenant en partie source dans l’article sur l’éducation populaire de Wikipédia, voici tout d’abord un bref historique de l’évolution de ce mouvement issu de la tradition laïque éducative, de la tradition chrétienne humaniste, et du mouvement ouvrier.

Je commencerais ce survol en 1792, par la remise du rapport L’Organisation générale de l’instruction publique de Condorcet où l’on peut y lire notamment : « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commandes seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves. »

En 1936, l’arrivée du Front Populaire au pouvoir est marquée par les grèves. C’est à la fois un joyeux mouvement social et la première grève générale qui aboutit aux Accords de Matignon, aux premiers congés payés et à la semaine de 40 heures. Dans cet élan, les mouvements d’éducation populaire sont relancés par la gauche et Léo Lagrange, où un secrétariat d’État aux Sports et à l’organisation des Loisirs au sein du ministère de la Santé publique est mis en place.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de Vichy met en place trois dispositifs permettant d’encadrer la jeunesse dans son idéologie : les chantiers de jeunesse, les écoles de cadres ou écoles de chefs, et les maisons des jeunes, le tout sous la responsabilité d’un secrétariat général à la Jeunesse. Peu à peu, on assiste à une institutionnalisation des mouvements d’éducation populaire. Puis, à la création du statut administratif des associations d’éducation populaire le 2 octobre 1943.
Traumatisés par l’impuissance des valeurs républicaines et de l’instruction transmise par l’école pour enrayer le fascisme, les refondateurs de l’Éducation nationale décident au sortir de la guerre de créer une direction de l’Éducation politique, des jeunes et des adultes, et d’en confier la pédagogie non pas à des enseignants mais à des militants politiques et des acteurs de la culture. Le manifeste Peuple et culture de 1945 affirme ainsi l’importance d’une éducation nouvelle dans l’éducation populaire : « Une culture vivante suscite un type d’homme. Elle suppose des méthodes pour transmettre la connaissance et former la personnalité. Enfin, elle entraîne la création d’institutions éducatives. Ainsi la culture populaire a besoin d’un humanisme, d’une technique, d’une organisation propres, faute de quoi, elle risque de rester prisonnière d’un enseignement périmé. »

La Fédération française des Maisons des jeunes et de la culture est créée en 1948, à l’initiative d’André Philip et à la suite du mouvement République des jeunes issu de la Résistance.

Dans la suite de Mai 68, Joffre Dumazedier conceptualise la notion de « développement culturel », pour contrebalancer celle de « développement économique », par une politique destinée à mettre la culture au cœur de la vie des gens, répondant aussi à l’obligation de l’État d’assurer à chacun l’exercice de son droit à la culture. L’exigence de transformation sociale est forte mais après la crise pétrolière de 1973, l’éducation populaire perd de sa force en même temps que le chômage se développe. Les années 70 voient ainsi la naissance de l’animation socio-culturelle qui se réclame de la neutralité politique tout en se professionnalisant.

Toutefois, l’éducation populaire se différencie aujourd’hui de l’animation socio-culturelle de par sa mission culturelle, qui pourrait être définie autour de deux axes principaux : la diffusion culturelle, qui vise à permettre au plus grand nombre l’accès à la culture générale, et la valorisation de la culture collective, qui consiste à reconnaître la culture comme moyen d’émancipation et de citoyenneté.

Après ce court survol et en guise d’introduction à une vision possible d’une association d’éducation populaire associant les pratiques numériques à ses actions, je préfère tout d’abord tenter de situer cette vision dans ce contexte d’éducation populaire.

Une vision qui prend ainsi source au sein de ces liens permanents qui se tissent entre publics et contenus, entre culture et société, dans ce principe d’ouverture et de réciprocité qu’engendre le « faire ensemble » et le partage des connaissances. Une éducation citoyenne qui favorise le développement des liens sociaux et agit pour l’autonomie de tous, qui permet également à chacun de mieux connaître et comprendre le monde qui l’entoure afin de pouvoir s’y inscrire en tant qu’individu actif.

Les lieux d’éducation populaire engendrent ces principes d’ouverture - vers l’autre, vers d’autres

savoirs, d’autres espaces de croisements, de frottements… - et d’inscription citoyenne par la mise en œuvre de pratiques collectives et de projets transversaux où l’engagement professionnel rencontre celui de l’amateur, du curieux ou du passionné.

Aussi, je m’appuie ici sur le passif de ces associations et sur les actions existantes en ces lieux pour projeter cette vision globale. Une projection qui s’articule en trois axes : maintenir et développer l’existant, ancrer les valeurs d’éducation populaire en s’appuyant sur le numérique, développer l’inscription territoriale et les réseaux d’acteurs.

Maintenir et développer l’existant

Les réponses proposées par les associations d’éducation populaire aux problématiques culturelles actuelles (lien intergénérationnel, implication des publics dits éloignés et des publics jeunes, complémentarité de l’offre culturelle sur le territoire, laïcité, préhension de l’environnement...) à travers leurs ateliers de pratiques et actions de diffusion affirment leur engagement dans la vie de la cité (implication des acteurs locaux, complémentarité des actions, implication des bénévoles dans les propositions...). Il me semble ainsi essentiel de maintenir cet existant et de l’amplifier par l’intégration de propositions permettant le croisement entre les ateliers, entre les publics, entre les langages, et permettant l’élargissement des publics.

Un espace numérique peut être envisagé comme l’outil permettant cette amplification des projets transversaux. En effet, utilisant de multiples médias – images, sons, textes, corporalité... –, le numérique génère des expressions toutes aussi diversifiées et peut dès lors faciliter ces croisements. De même, permettant d’impliquer les publics dès la conception d’une œuvre ou d’un dispositif, le numérique ouvre à l’expérimentation et à la participation collective.

Je prendrais pour exemple une table à dessin augmentée qui, par un accompagnement en médiation ludique et pédagogique, peut être mise à disposition de l’ensemble des adhérents et des publics de l’association pour s’étendre à des stages de création de films d’animation allant en complémentarité à différents ateliers de pratique. Partant de la démarche et non plus de l’objet, l’inscription dans un processus de création proposé par un artiste usant de ce type d’interface tangible permet quant à elle le croisement entre les publics et entre les langages.

Toutefois, tout comme il est de la responsabilité d’un lieu d’éducation populaire d’étendre cet accès à l’ensemble du territoire en développant ces propositions en direction de tous, habitants, scolaires et péri-scolaires, professionnels des secteurs social et culturel..., elle se doit également d’aller au-delà de la découverte et de la pratique collective en continuant l’ouverture de ses actions vers l’approfondissement.

Aussi, partant des principes actifs « s’inspirer, réfléchir, construire, montrer et confronter », ces propositions transversales doivent être conçues comme autant

d’entrées possibles vers une appropriation des outils et du langage de la culture numérique, de la culture artistique, et de la culture en général à différents niveaux. Pour ce faire, deux angles d’approche sont difficilement dissociables :
- la sensibilisation et le partage des connaissances autour d’un sujet donné, qui peuvent se matérialiser par des propositions de courte durée dans lesquelles s’inscrivent les publics (ateliers d’expérimentation en groupe ou en famille, présentation de dispositifs interactifs, rencontres entre artistes, chercheurs, théoriciens et publics),
- le développement de projets créatifs à moyenne durée qui prennent pour essences les publics et les territoires et impliquent les participants dans un processus créatif (résidences de création collective, projets éducatifs en milieu scolaire et péri-scolaire).

La complémentarité de ses axes permettant ainsi à chacun de s’inscrire dans une démarche collective, participative et active.

Ancrer les valeurs d’éducation populaire en s’appuyant sur le numérique

L’ouverture et la réciprocité inscrites au coeur des actions de médiation, des propositions de pratiques collectives et projets transversaux des lieux d’éducation populaire permettent la transformation des individus en communautés actives d’amateurs.

Tout comme l’espace physique de l’association peut se comprendre comme un espace de rencontres et de collaborations, comme un espace de fabrication de savoirs, d’objets et d’œuvres où jeunes et adultes, professionnels et amateurs, salariés et bénévoles, travaillent ensemble, des espaces collaboratifs en ligne peuvent venir en soutien à cet espace physique, permettant d’expérimenter ou de partager à l’échelle d’un territoire « augmenté » des objets, des projets, des idées.

Il est donc ici indispensable de se doter d’outils en adéquation avec les ambitions d’un projet

d’éducation populaire associant les pratiques numériques, de faire en sorte que site web, présence sur les réseaux sociaux ou newsletter, par exemple, soient le reflet des valeurs de l’association, lui permettant ainsi de rendre compte au mieux de ses propositions, de mutualiser ses expériences et ses ressources.

Le développement et la pérennisation d’actions complémentaires à l’existant restent toutefois soumis aux contraintes budgétaires. La recherche de nouveaux financements qui répondent aux objectifs et contenus doit ainsi être envisagée. Une recherche ciblée qui détermine les réponses aux appels à projet et les demandes de subvention en fonction de leur résonance avec les objectifs et contenus des actions en développement. Ceci afin d’affirmer également par ce biais les valeurs de l’association et lui permettre une identification institutionnelle claire.
Développer l’inscription territoriale et les réseaux d’acteurs

Par ailleurs, cette recherche de financements induit la nécessité d’une visibilité de l’association au sein de réseaux d’acteurs et la continuité du développement de son inscription territoriale.

Il s’agit là aussi de promouvoir et de faire rayonner le lieu d’éducation populaire sur le territoire local et au-delà en s’appuyant sur ses valeurs d’ouverture et de démarches collectives, d’être en capacité de situer les actions de l’association dans des contextes et des dynamiques économiques, sociales et culturelles à la fois locales et globales.
Pour ce faire, poser l’association comme génératrice de ressources en ligne et force de propositions sur le territoire m’apparaît essentiel.

Concrètement, cela peut être mis en œuvre par la participation à la mutualisation de contenus :
- via son propre outil en ligne
- via la plate-forme NetProjet qui recense les différents projets éducatifs au niveau national
- via les plateformes web de mutualisation de contenus et d’éducation populaire...

Ceci afin de permettre une visibilité qualitative des actions et l’inscription de celles-ci au sein de différents réseaux d’acteurs.

Au-delà d’une inscription via le réseau Internet, cela peut être mis en œuvre par l’implication de l’association dans des partenariats artistiques et culturels locaux, où l’association devient également un appui pour d’autres structures et ouvre au montage d’actions connexes. Une implication à l’image de partenariats souvent développés dans d’autres domaines sur le territoire :
- de la ville,
- de la communauté d’agglomération,
- du département,
- parfois de la région,
- et au sein de réseaux professionnels.
Œuvrer pour une association d’éducation populaire intégrant le numérique dans ses actions comprend ainsi à la fois le développement d’un projet collectif porteur de sens et la mutualisation des énergies et compétences présentes sur le territoire et au-delà. C’est aussi assumer des responsabilités pédagogiques et organisationnelles dans la mise en application des orientations politiques définies par les instances et les représentants de l’association tout en restant à l’écoute de ce territoire physique et virtuel.

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