Accueil du site > Ressources > L’art numérique en trois questions (3/3)

Par les technologies, l’art s’est affranchi de ses cadres de création et de diffusion et en a créé et investi de nouveaux. En remettant en question intentionnellement ou non certaines conceptions établies, cela a valu à un art technologique de voir naître en même temps que lui son milieu spécifique. Ce qui nous pose, à la suite des deux articles précédents, notre dernier questionnement : quelle place pour la création, les pratiques et les usages au centre de cette mutation ?

Quelle spacio-temporalité pour l’œuvre ?

Œuvre écranique

La dématérialisation de l’œuvre va de pair avec la fin de l’objet et la mise en avant du processus comme acte artistique, et bien sûr avec l’introduction du numérique dont la matière est l’immatérielle impulsion électrique. De par cette virtualité et la rapidité des évolutions technologiques sont survenues les questions de la pérénité des œuvres, de leur conservation et de leur restauration.

Isabelle Arvers utilisant le logiciel WJ-S d’Anne Roquigny et présentant les œuvres du groupe Neen, 2008
Installation

La nécessité d’un suivi technique de l’œuvre est posée, tout comme la question de sa restauration. Car ici, alors que l’œuvre se contextualise et interroge la relation énergétique entre œuvre et espace, entre objet et idée, le rapport à l’espace-temps y est scientifiquement et techniquement reformulé.

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Rota de Carsten Nicolai, 2009
Performance

Des situations sont créées par l’artiste où l’œuvre devient œuvre de flux et non plus de l’objet. Le corps, le temps et l’espace en constituent les matériaux de base. Œuvre éphémère, écrits et enregistrements en deviennent les seules traces alors que de nouveaux espaces de diffusion, adaptés aux contraintes techniques soulevées par la présentation de l’œuvre, s’avèrent nécessaires.

Floraisons et Sortilèges de la compagnie Mobilis-Immobilis, 2012
Métissage des formes

Les frontières entre les disciplines, entre scène et public, sont abolies. Le métissage génère ses propres formes de langage où seuls comptent le sens et la force de l’œuvre. L’œuvre s’adapte à son contexte, posant à la fois les questions de sa trace et de son suivi technique.

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Sound Delta du collectif Mu, 2009
Quelles appropriations par les publics ?

Du regardeur au spect-acteur

Au-delà du simple regardeur, de l’individu témoin, l’Homme est peu à peu devenu un matériau de l’œuvre, inclus comme élément indissociable à sa conception et sa concrétisation. Son engagement en tant que composante de l’œuvre ouvre l’expérience esthétique à l’action, tout comme sa présence le fait désormais acteur de la transformation de l’exposition en lieu de création.

Collaborateur

Différentes formes d’implication des publics se développent permettant une sensibilisation à l’art et aux technologies, rendus accessibles en se voyant désacralisés. Des enjeux pédagogiques et éducatifs en émergent, ce qui a été expérimenté deviendrait concrètement manipulable, serait réinterrogé et réapproprié.

Acteur

La participation à un processus de création artistique contribue ainsi à révéler les formes et les messages d’une époque, faisant prendre conscience que l’essor des technologies redéfinit notre rapport au monde. Savoir, complémentarité et échange y deviennent les bases d’une société composée d’individus actifs.

Control.Burble.Remote d’Usman Haque, 2010
Quelles transformations dans le champ de la création ?

Ce qui change est moins la disparition de l’artiste que sa nouvelle position dans la création devenue collective, mettant en perspective un dispositif dans lequel d’autres personnes vont s’inscrire. L’art se renouvelle ainsi dans ses espaces, formes et champs de création et de diffusion.

Artistes, ingénieurs, techniciens... se rassemblent pour accorder une attention particulière à la conception et à la production de l’œuvre, étendant leurs réflexions au-delà de leurs champs respectifs. On repensera au collectif d’artistes et d’ingénieurs de l’E.A.T. (Experiments in Arts and Technology) qui, en 1966, explorait déjà de nouveaux moyens d’intégrer les technologies dans le domaine de l’art.

Au-delà de simples regroupements, il apparaît dès lors indispensable de réfléchir simultanément aux modes de financement, de production et de diffusion de l’œuvre qui, par le fait même de sa technicité accuse un coût de production souvent élevé. Aussi, ces collaborations génèrent-elles de nouveaux lieux de production amenant la réflexion sur la mise en place de modèles économiques basés sur la coopération et la mutualisation.

En apportant un regard artistique et technique avisé sur les technologies, artistes, ingénieurs, techniciens sortent l’art de ses instances classiques. Des lieux transdisciplinaires s’investissent peu à peu dans le soutien à la production et à la diffusion des œuvres, consolidant le lien entre collectif artistique et publics. Des réflexions approfondies émergent et s’étendent hors du champ circonscrit de l’art en le confrontant à des questionnements propres à la technique et à la société.

Que ce soit en ligne ou hors ligne, des espaces de mutualisation se développent afin de partager les processus mis en œuvre ou les ressources techniques et/ou logicielles, favorisant par ce biais une possible re-création. Le droit d’auteur est questionné (copyright, copyleft, art libre, creative commons...) ainsi que la législation.

Des croisements de plus en plus importants s’opèrent dans l’objectif de former, produire, financer, diffuser et sensibiliser à l’art et aux techniques. Les étapes de conception, production, diffusion et partage juqu’alors distinctes deviennent indissociables.

De ReacTIVision aux Tools Life
En guise de conclusion, je transcrirais simplement cette phrase de Léonard de Vinci : « L’art, c’est la plus sublime mission de l’Homme, puisque c’est l’exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre. »

- Retrouver la présentation en ligne élaborée pour Fées d’Hiver

- L’art numérique en trois questions (1/3)
- L’art numérique en trois questions (2/3)


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