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Vendredi dernier, petite soirée au Nouveau théâtre de Montreuil pour découvrir l’adaptation et mise en scène de Mathieu Bauer du livre de Legs McNeil et Gillian McCain : Please Kill me.

Please Kill Me. L’histoire du punk non censuré raconté par ses acteurs est le fruit de centaines d’heures d’entretiens avec ceux qui ont animé l’un des mouvements culturels et musicaux les plus détonants de la fin du XXe siècle : le punk-rock américain.

« Richard Hell s’était fabriqué un tee-shirt avec marqué Please Kill Me, mais il ne voulait pas le porter. J’ai dit : “Je vais le mettre, moi.” Alors je l’ai mis quand on a joué à l’étage au Max’s Kansas City, et, après le concert, ces gamins se sont pointés vers moi. Ces fans m’ont jeté ce regard vraiment psychotique – ils ont regardé aussi profond qu’ils ont pu dans mes yeux – et ils ont demandé : “T’es sérieux ?” Puis ils ont poursuivi : “Si c’est le cas, on se fera un plaisir de t’obliger, parce qu’on est tes plus gros fans !” Ils n’arrêtaient pas de me mater, avec ce regard sauvage, et je me suis dit : “C’est la dernière fois que je porte ce tee-shirt.”  »

C’est par la musique, en tant que batteur, que Mathieu Bauer est venu au théâtre. Chez lui les deux s’entrelacent, et il ne conçoit pas la vie sans l’un et l’autre. Appartenant à la génération qui rêve sur les années 70, sur leurs utopies et leurs excès, il a évidemment lu Please kill me, témoignages à l’état brut des dieux du punk, recueillis par Legs McNeil et Gillian McCain.
Sur scène, trois musiciens et un couple d’acteurs chanteurs. Matthias Girbig, jeune homme au regard débordant de naïveté émerveillée qui, un peu égaré, se promène d’un souvenir à l’autre et chante en anglais. C’est également en anglais que chante et raconte Kate Strong, tendue, concentrée, tout en gardant une sorte de distance émue. La voix porte les mots sans les traduire – trahir. Mais puisque la projection du texte en français balaie le plateau, nul n’est lésé.
Mathieu Bauer ne cherche aucunement à reconstituer un concert punk, tâche impossible. Il porte sur scène ce qui lui tient à coeur, et il s’est toujours passionné pour la vie tourmentée des musiciens, quels qu’ils soient.

« Ici, il s’agit des Stooge, Iggy Pop, Alan Vega… Les artistes qui ont fait naître cette musique. Il s’agit de travailler avec eux et leur histoire, dire ce qu’ils ont réussi à construire, les suivre dans ce qu’ils ont vécu : les débuts du mouvement, avant le “no futur” qu’on lui a collé, avant le folklore déglingué, les dérives du marketing et du fric… Ils racontent leur quotidien, qui n’est certes pas celui de tout le monde. Sur scène ou au-dehors, ils étaient exactement les mêmes, habités par la même énergie explosive et candide d’ados sans barrière aucune, d’où les excès aux conséquences souvent tragiques.

C’est par leurs excès mêmes, par leur musique, que s’exprime leur révolte. Tout dans leur production n’est pas du même niveau, mais ils nous ont légué des chefs-d’oeuvre dont nous sommes encore marqués. Je les vois en poètes maudits, je dirais qu’ils me font penser à Baudelaire pour leur talent à capter, à retranscrire leur temps ; la fin des utopies, le règne de Reagan et de Margaret Thatcher…

Il n’est pas question de pleurer sur une “belle époque”, mais de dire notre tendresse envers ces figures. Avec mélancolie peut-être. Avec nostalgie sûrement pas. »

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© Pierre Grosbois
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