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Tag E.U.L.E., Graffiti Research Lab (fr), 2012

La rue comme zone de contre-culture

Art urbain

Quelle que soit la matière ou la technique employée, la rue se substitue à la toile, elle devient l’espace d’intervention de l’artiste.

Affiche, graffiti, tag…

L’art urbain puise ses origines dans des disciplines graphiques aussi variées que la bande dessinée ou l’affiche. Selon Alain Weill, spécialiste mondial de l’affiche, l’essence de l’art urbain se retrouve tant dans les œuvres des affichistes d’après-guerre comme Raymond Savignac, en France, que dans celles des dessinateurs de la contre-culture américaine tels Robert Crumb ou Vaughn Bodé, tous deux figures de proue du comics underground depuis les années 1960.

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Raymond Savignac
Le graffiti est l’une des premières traces de l’appropriation sociale de l’environnement urbain. Il fait partie des témoignages populaires aptes à nous révéler des aspects inédits des sociétés qui les ont produits. Dans la foulée de Mai 1968, les messages politiques de la rue parisienne gagnent en poésie et en qualité graphique. Ils sont notamment le fait d’étudiants en philosophie, en littérature, en sciences politiques ou en art et font souvent preuve d’humour absurde ou d’un sens de la formule plutôt étudié. C’est de cet affichage sauvage et militant que naît une tradition du graffiti à vocation esthétique.
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Sous les pavés, la plage !, Anonyme, 1968
… et post-graffiti

Ainsi, l’art urbain commence à s’épanouir en France à partir de Mai 1968 mais le mouvement est « officialisé » au début des années 1980. Se considérant comme un mouvement artistique autonome, voire parallèle au tag et au graffiti, l’art urbain a pour initiateurs des artistes tels que Zlotykamien, Daniel Buren, Ernest Pignon-Ernest.

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Les Expulsés, Ernest-Pignon-Ernest, 1979
Au début des années 1980, ses pionniers sont Blek le rat, Speedy Graphito, le groupe VLP (Vive La Peinture), le groupe Banlieue-Banlieue, Jérôme Mesnager ou Miss.Tic, Jean Faucheur, les Frères Ripoulin, Nuklé-art, Kim Prisu, Kriki, Etherno, Les Musulmans fumants, Jef Aérosol, puis Némo, Mosko et associés ou André. Avec l’arrivée d’Invader et de Zevs (les @nonymous), à la fin des années 1990, apparaît l’appelation « post-graffiti ».
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L’Homme qui court, Blek le rat, 1984
Street Art

Média immédiat mais support éphémère, la rue inscrit ces œuvres dans notre contemporanéité.

Des formes multiples

Issu d’une société « d’individualisme de masse », au sens où la décrit l’écrivain Pierre Gascar, le Street Art nait de la volonté d’expression d’une génération pour laquelle se rendre visible au plus grand nombre, laisser sa signature visuelle, quitte à s’affranchir des lois et des règles communes, c’est exister, c’est – paradoxalement – faire société. À l’opposé de la philosophie de Gilles Deleuze ou Jean-Paul Sartre dans laquelle la dimension subversive de l’individualisme émancipateur se construit en écho à un marxisme qui pense le collectif, la « boîte à outils idéologique » du Street art est plutôt à chercher du côté de l’ultralibéralisme.

En ce sens, c’est un art majeur des XXe et XXIe siècles qui reflète parfaitement l’esprit de son temps.
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Space Invaders, Invader, à partir de 1998
Tantôt figuratif, tantôt abstrait, chaque artiste se distingue par un style personnel et un coup de crayon unique qui définissent une véritable identité artistique. Il existe ainsi de multiples formes de Street Art où certains artistes inscrivent directement leur travaux dans une filiation avec de grands mouvements artistiques : néoréalisme, art naïf, lettrisme pour L’Atlas, Pixel Art…
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Explosion, L’Atlas, non daté
Le Street Art parsème l’univers visuel des grandes cités. On en retrouve sur les murs, les trottoirs, les rues, dans les parcs ou sur les monuments. Le terme est par ailleurs utilisé afin de différencier une forme artistique d’un mouvement territorial ponctué de vandalisme et d’illégalité. Bien que le Street Art ne soit pas toujours légal, sa valeur artistique est incontestable. Les motivations conduisant ces « street-artistes » à perpétrer leur art sont tout autant variées que le nombre d’artistes lui-même.
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Portrait of a Generation, JR, 2004
Des observateurs au quotidien

Les « street-artistes » sont ainsi des observateurs privilégiés de la société, tel Dran qui croque de petites scénettes de la vie quotidienne avec un trait et un humour noir, semblable aux dessins d’actualité. « Je me suis dit : je serais libre de tout circuit marchand, dans la rue, on peut faire de l’art pour les gens de notre époque, pour les passants comme pour les clochards ! »

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Grafiti England, Dran, 2006
D’autres soulignant les dérives de la société et la mette en question tel Banksy qui détourne les codes de l’Etat, billets et timbres, ou n’hésite pas à apposer une image de plage sur le mur de Gaza. Philanthrope, anti-guerre et révolutionnaire, l’artiste prends son art comme médium de communication pour scander haut et fort son mécontentement envers certains faits de société, certaines situations politiques ou carrément, certaines décisions adoptées par les leaders mondiaux.
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El Lanzador de flores, Banksy, 2000
Alexandre Orion, quant à lui, crée son propre univers en se réappropriant l’espace collectif, pour y intégrer le passant comme une part essentiel de l’œuvre en elle-même. Parmi ses projets les plus marquants, on retrouve Metabiotica qui propose aux spectateurs un rôle direct dans des œuvres rappelant la démarche d’un Banksy et Ossario, un manifeste anti-pollution en reverse graffiti, réalisé avec un mouchoir dans un tunnel de São Paulo. Au final, la ville de São Paulo a été obligé de nettoyer le tunnel pour effacer les crânes...
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Metabiotica, Alexandre Orion, 2007

Le Street Art questionne la société, son évolution, ses métamorphoses.

L’espace comme medium citoyen

Un art de l’environnement social

Par le choix de la rue comme moyen d’expression, ces « street-artistes » questionnent la place de l’homme dans son environnement, tentant d’en faire le point de départ d’un réveil citoyen.

Interroger le medium

Les « street-artistes » jalonnent la ville de messages, interrogeant à la fois la société civile et nos modes de communication. Shepard Fairey s’intéresse ainsi tout particulièrement aux médias et à leur pouvoir de propagande, empruntant à Marshall McLuhan la célèbre phrase « le medium est le message ».

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Hope, Shepard Fairey, 2008
De son côté, Rero a pris l’habitude d’intervenir dans des espaces à l’abandon, vides, qu’il habille de ses mots barrés d’un trait noir, suivant à la lettre les conseils du peintre new-yorkais, Jean-Michel Basquiat, qui déclarait : « Je biffe les mots pour que vous les voyiez mieux. Le fait qu’ils sont à demi effacés vous donne envie de les lire. »
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Page not found, Rero, 2012
Usant de matières végétales - mousse, feuilles d’arbre, papier, etc. - Anna Garforth installe des graffitis bio dégradables dans des lieux publics délabrés. Elle utilise ainsi ce que la nature lui offre et recycle ce qui l’entoure pour amplifier ses messages liés à l’environnement et l’urbanisation.
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Rethink, Anna Garforth, 2011
Transformer l’environnement

Portées par la créativité des artistes et leur appropriation de nouvelles techniques, différentes formes d’expression émergent et explorent de très nombreux registres. À l’origine du Yarn Bombing, Magda Sayeg transforme l’espace urbain en rhabillant littéralement des objets ou monuments, publics et privés, à l’aide de tricots colorés dans l’idée de rendre le monde plus gai et plus espiègle.

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Untitled Guerilla Knitting, Magda Sayeg, non daté
C’est en 2009 qu’Astro et Kanos inventent le concept de Cellograff, un cellophane en film étirable permettant de fabriquer des cloisons et des volumes éphémères qui leur servent de support pour leurs interventions plastiques. Le CelloGraff met l’accent sur la possibilité d’agir dans la ville tout en respectant ses codes, et permet notamment d’amener le graffiti là où il n’avait jusqu’à présent aucune raison d’être.
Olivier Ratsi, quant à lui, déconstruit son environnement urbain quotidien pour en offrir une nouvelle réalité. Par son travail de fragmentation, de mise en opposition d’éléments mouvants et mobiles, il opère une remodélisation totale du paysage à travers le traitement numérique de ses images.

Moss Graffiti, Yarn Bombing, Cellograff, Light Graffiti, Digital Art... le Street Art s’exprime aujourd’hui par des réalisations et performances qui entraînent avec elles, d’une part des esthétiques nouvelles, et d’autre part des perspectives de communication autres.

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Subspace Ana, Olivier Ratsi, 2013
Un art multi-médias

L’art urbain s’est ainsi peaufiné avec le temps. Du simple graffiti, il est devenu grandiose par l’utilisation et la juxtaposition de diverses techniques et de matières insolites.

Une mixité de techniques…

L’AKRylonumerik est un concept de performance développé par les artistes Gilbert Petit et Jaime Jimenez en association avec un collectif d’artistes à géométrie variable liés au Street Art. Il vise à créer une œuvre évolutive et unique, en direct et visible dans l’instant, en croisant toutes les techniques de l’expression murale et du numérique (peinture, affiche, pochoirs, vidéo, infographie, gestuelle et musique).

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Black Book, AKRylonumerik, 2010
Avec l’intégration des technologies numériques au sein des expressions artistiques, l’éphémérité de l’œuvre est amplifiée. Pour Jeremy Wood, la trace enregistrée devient le graff lui-même, le territoire cartographié son support. Depuis plus d’une décennie, il explore ainsi les technologies GPS pour composer des annotations numériques sur l’eau, sur terre et dans les airs.
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Traverse Me, Jeremy Wood, 2010
Parallèlement, ces technologies ouvrent aux artistes la possibilité d’offrir aux habitants de nouveaux espaces de parole citoyenne, permettant dès lors à chacun de composer son propre message. Avec Water Light Graffiti, Antonin Fourneau combine technologie, expression visuelle et espace de parole. Grâce à des LEDs sensibles à l’eau, chacun peu ainsi composer – seul ou à plusieurs - un graff éphémère où seules les traces informatiques subsistent.
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Water Light Graffiti, Antonin Fourneau, 2012
… à réinvestir

Collectif d’artistes issus de la France entière, le Graffiti Research Lab [fr] développe des outils de création innovants afin de redessiner l’espace urbain, des outils destinés à « appuyer technologiquement les individus pour modifier et réinvestir de manière créative leurs environnements envahis par la culture du commerce et de l’entreprise ».

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Hip hop et Laser Knuckles, Graffiti Research Lab (fr), 2013
Des techniques et outils de Light Painting au développement de programmes Open Source, leur objectif : permettre à chacun de s’approprier des outils, de les fabriquer et d’en imaginer de nouveaux. Interrogeant la trace urbaine, le dessin en ligne continue et les systèmes de captation tactile, GML4U propose de composer son propre graffiti et de le visualiser en 3D. À chacun dès lors d’imaginer son utilisation…
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GML4U, Graffiti Research Lab (fr), 2010-2013
Le rapport direct à l’environnement est fortement présent dans leurs propositions. Ainsi, Light to Sound Device, imaginé par Benjamin Gaulon, membre du collectif, propose à chacun de réaliser des graffitis sonores à partir des écrans publicitaires présents dans l’espace public. Une autre façon de donner ou prendre la parole…
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Light to Sound Device, Benjamin Gaulon, 2011

Sources : L’art urbain : de la poésie sur les murs / Faites le mur ! – Banksy / Au-delà du Street Art - Melody Lebros, Mod&Wa / Wikipédia


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